Restaurateur, hôtelier ou artisan, vous vous demandez quel compte comptable utiliser pour comptabiliser les pourboires reçus ou versés ? La réponse dépend du flux réel : qui encaisse, qui redistribue, qui conserve. C’est une affaire courante, mais les erreurs coûtent cher. Voici un guide pratique pour y voir clair.

Comptabiliser les pourboires : les bases à connaître en 2025

La comptabilisation des pourboires est devenue un enjeu majeur pour les entreprises de restauration et d’hébergement. Avec les terminaux de paiement électroniques, les pourboires laissent des traces numériques. L’administration peut croiser les données des encaissements avec les bulletins de salaire. Il faut donc des écritures propres, cohérentes et justifiées.

Pourboire volontaire ou service compris : ne pas confondre

Dans la restauration, le service au pourcentage facturé sur l’addition, souvent 15 %, est une pratique courante. Cette somme est ajoutée au prix des consommations et appartient à l’établissement, qui la reverse aux salariés. Elle est soumise à la TVA au même titre que le repas et fait partie du chiffre d’affaires.

Le pourboire volontaire est une somme d’argent laissée librement par le client, en plus du prix affiché. Il n’est pas obligatoire et n’entre pas dans le chiffre d’affaires taxable. C’est un don du client au personnel, même s’il transite parfois par la caisse. Cette distinction est essentielle : elle détermine le traitement comptable, la TVA et les cotisations sociales.

Pourboires et cotisations sociales : ce qui change en 2025

Depuis le 1er janvier 2025, les pourboires redistribués aux salariés sont intégrés dans l’assiette des cotisations sociales, comme une rémunération classique. L’exonération temporaire des pourboires réglés par carte bancaire a pris fin. Concrètement, l’employeur doit intégrer ces sommes dans la paie et les soumettre aux cotisations de sécurité sociale, à la CSG et à la CRDS. Une mauvaise comptabilisation peut être requalifiée en travail dissimulé.

Quel compte comptable pour un pourboire versé par l’entreprise ?

Le choix du compte comptable pour un pourboire versé par l’entreprise se pose aussi quand elle donne un pourboire à un tiers : concierge, livreur, voiturier. Dans ce cas, il s’agit d’une charge de l’entreprise, et non d’une rémunération de salarié.

Le compte 6238 pour les pourboires donnés à des tiers

Le compte 6238 – Pourboires et dons courants – est dédié à ce type de dépense. On le débite et on crédite le compte de trésorerie (banque ou caisse). C’est une charge déductible du résultat lorsqu’elle est justifiée et directement liée à l’activité.

L’erreur à éviter : utiliser le 6238 pour la redistribution au personnel

Un pourboire encaissé par l’entreprise puis reversé aux salariés ne doit jamais passer par le compte 6238. Ce compte est réservé aux dons à des tiers. Pour le personnel, on est dans une logique de rémunération, avec des cotisations sociales attachées. L’utilisation du 6238 fausserait les comptes et exposerait l’entreprise à un redressement. Si le client laisse directement le pourboire au salarié, sans passer par la caisse, aucune écriture n’est nécessaire, mais une trace documentaire reste utile pour prouver la réalité des versements.

Comptabiliser des pourboires reçus dans un restaurant

Dans un restaurant, les pourboires sont souvent laissés en espèces ou réglés par carte bancaire. Selon que l’établissement les reverse ou les conserve, le traitement comptable change.

Pourboire encaissé puis redistribué via la paie

Le client règle une addition de 100 € et ajoute 10 € de pourboire par carte. Le total encaissé est de 110 €. Le restaurant comptabilise le chiffre d’affaires pour 100 € et enregistre les 10 € comme une dette envers le personnel. On débite le compte de trésorerie pour 110 €, on crédite le compte de vente pour 100 € et le compte 4261 (service à répartir) pour 10 €. À la paie, on débite le 4261 et on intègre la somme dans les rémunérations via le compte 643 (service réparti). Le pourcentage à répartir entre les serveurs est défini par l’employeur, et le pourcentage revenant à chaque salarié figure sur le bulletin de salaire.

Pourboire conservé par l’entreprise

Si l’entreprise conserve les pourboires pour financer une cagnotte ou un événement, elle doit les enregistrer comme un produit, par exemple au compte 7068 (service revenant au personnel) ou dans un compte de recettes annexes. Cette somme est alors soumise à la TVA et à l’impôt, car elle est considérée comme une recette liée à l’activité. Il faut que ce choix soit cohérent avec la politique de l’établissement.

Tableau récapitulatif des écritures comptables

Situation Compte débité Compte crédité Remarque
Pourboire versé à un tiers 6238 Banque / caisse Charge déductible
Pourboire encaissé puis redistribué Banque 7068 + 4261 Dette envers le personnel
Pourboire conservé par l’entreprise Banque / caisse 7068 Soumis à TVA et impôt
Redistribution via bulletin de paie 643 4261 Cotisations sociales

Ce tableau est une base de travail. Les numéros peuvent être adaptés selon la nomenclature de votre expert-comptable. L’important est de respecter la logique économique de chaque opération.

TVA et charges sociales : les règles applicables aux pourboires

Le traitement des pourboires ne se limite pas aux comptes utilisés. TVA et cotisations sociales obéissent à des règles précises.

TVA : pourboire volontaire hors champ, service compris soumis

Le pourboire volontaire est hors du champ de la TVA. Si le client paie 100 € de repas et laisse 10 € de pourboire, la TVA est calculée uniquement sur 100 €. En revanche, le service compris ajouté à l’addition fait partie du prix payé et doit être soumis à la TVA. On utilise alors le compte 4457 (TVA collectée) pour isoler la taxe due. Les pourboires reçus volontairement ne génèrent aucune TVA collectée.

Pourboires et bulletin de salaire

Depuis 2025, les pourboires reversés au personnel doivent être intégrés au bulletin de salaire et soumis aux cotisations sociales, à la CSG et à la CRDS. Ne pas le faire expose l’employeur à un redressement pour travail dissimulé. Le pourcentage réparti entre les salariés est déterminé selon les règles internes, et le pourcentage revenant à chacun apparaît sur la fiche de paie. Les sommes versées par les clients via une plateforme de tips doivent également être déclarées, après déduction des frais de la plateforme.

Sécuriser la comptabilisation des pourboires

Les bons réflexes : registre, automatisation et comptes clés

Pour éviter les erreurs de comptabilisation, tenez un registre des pourboires en temps réel : date, montant, mode de paiement, bénéficiaire. Conservez les relevés des terminaux de paiement comme pièces justificatives. Paramétrez votre caisse pour distinguer le montant de la vente et le pourboire. Reliez votre logiciel de caisse au logiciel comptable et mettez en place des écritures types avec les bons comptes.

Les comptes à connaître par cœur sont le 4261 (service à répartir), le 643 (service réparti) et le 7068 (service revenant au personnel). Le compte 4261 enregistre la dette envers le personnel tant que les sommes ne sont pas versées. Le 643 isole la part des pourboires dans les rémunérations. Le 7068 est utilisé lorsque les pourboires sont traités comme des produits. Selon le logiciel, les numéros peuvent varier ; demandez à votre expert-comptable de valider la nomenclature.

En cas de doute, privilégiez la transparence et la traçabilité. Une écriture simple mais documentée vaut mieux qu’un montage approximatif. Avec ces réflexes, vous comptabilisez correctement les pourboires reçus et versés, et vous évitez les mauvaises surprises lors d’un contrôle.